Les Voeux du G.M. 2020

Secrétaire G.L.N.R.G.L.N.R.

« Au commencement était le Verbe
Et le Verbe était auprès de Dieu
Et le Verbe était Dieu.
Il était au commencement auprès de Dieu. »

Au commencement, donc, était le Verbe…. Mais lequel ?

Prenant le prologue de Jean au pied de la lettre, Frédéric II de Hohenstaufen, empereur à la curiosité dévorante, ordonna à des nourrices d’allaiter des nouveaux nés avec défense absolue de leur parler. Il voulait vérifier si, dans ces conditions, l’un ou l’autre s’exprimerait un beau jour en hébreu, en grec ou dans la langue de ses parents. Mais, comme l’écrivit un franciscain qui le détestait, « il se donna de la peine sans résultat parce que les tous les nouveaux nés mouraient. »

Trois siècles plus tard, Akbar, souverain moghol génial et dyslexique, qui lui ne croyait pas à la langue originelle, tenta une expérience similaire et fit enfermer des enfants dans un sérail, la « Maison des muets » … Au bout de quatre ans, rapporte son chroniqueur jésuite, « aucun bruit ne s’échappait, pas un pleur ne venait de cette maison du silence sinon les grognements des serviteurs muets. »

Bien entendu, ces expériences n’ont pas révélé le secret de la langue originelle mais bien le fait que sans les mots, sans les signes, les enfants des hommes meurent.

Par conséquent, si « le Verbe s’est fait chair », comme l’annonce la suite du prologue de Jean, la chair, elle, a besoin du verbe et du charnel du Verbe… Et peut- être faut-il chercher, entre l’un et l’autre, une articulation anthropologique que le Christianisme, mais pas seulement, s’est attaché à établir. En tout cas quelque chose de plus que ce que supposent nos utopies contemporaines…

Prenez, par exemple, ces recherches actuelles visant à obtenir des corps ou de parties du corps clonés à divers stades d’évolution et prêts à l’emploi pour pallier une quelconque insuffisance de l’enveloppe charnelle de l’être humain. Moyennant des sauvegardes régulières de leur personnalité, de leurs souvenirs, bref de leur esprit sous une forme numérique, l’être humain pourrait espérer être chargé dans de nouveaux corps et repousser la mort…

Le problème de cette vision mécaniste et quasi moléculaire de l’esprit, c’est qu’elle manque singulièrement de chair !… Et sans cette chair, née du Verbe, pas de pensée vivante !…

D’ailleurs, le Nouveau Testament témoigne paradoxalement de l’inversion de la formule puisque, si « Au commencement était le Verbe », si « le Verbe s’est fait chair » … à la fin (Apocalypse), il ne reste, provisoirement au moins, que le Verbe.

Pourtant le même Jean nous a dit que la parole était au commencement, que la parole était en Dieu, que la parole était elle-même Dieu et qu’elle était au commencement en Dieu…

Nous, Francs-Maçons, pouvons exprimer ces trois versets conformément à notre foi en Dieu et à notre démarche traditionnelle et initiatique : L’existence de Dieu est tout aussi primitive que son Être et l’une est inséparable de l’autre et lui est absolument égale… Cette existence divine dans sa propre matière est nécessairement savoir… Et c’est dans ce savoir seul qu’un monde et toutes choses qui se rencontrent au monde sont devenus réels.

Chacun d’entre nous, selon sa foi, pourra retrouver, approfondir ce savoir dans les trois Grands Livres… et surtout le transmettre !…

Notre obédience participe à cette construction : poursuivons notre chantier fraternel, humble et joyeux. La lumière guide chacun d’entre nous dans l’enceinte sacrée et le monde profane.

Je fais le vœu que la santé, la paix, le bonheur et la prospérité illuminent votre vie pour la nouvelle année.

Je vous assure de mon affection fraternelle.

Jean-Charles FOELLNER
Grand Maître