Les Voeux du G.M. 2019

Secrétaire G.L.N.R.G.L.N.R.

Très cher et bien aimé Frère,

Tout être humain, qu’il en soit conscient ou non, obéit dés son berceau à un besoin impérieux qui s’affirme très vite plus impérieux que tous les autres : le besoin de voir clair.

C’est ce besoin que la Franc Maçonnerie a voulu et veut satisfaire.

Pierre Teilhard de Chardin (1881 –1955), savant jésuite français, décrit magistralement ce besoin tout en relevant son importance décisive de lien entre la vie et l’Univers. Dans son ouvrage « Le Phénomène Humain », il écrit : « Voir. On pourrait dire que toute la vie est là, sinon finalement, du moins essentiellement. Être plus, c’est s’unir davantage. Mais, le constaterons-nous encore, l’unité ne grandit que supportée par un accroissement de conscience, c’est-à-dire de vision. Voilà pourquoi l’histoire du Monde vivant se ramène à l’élaboration d’yeux toujours plus parfaits au sein d’un Cosmos où il est possible de discerner toujours davantage. Voir ou périr. Telle est la situation, imposée par le don mystérieux de l’existence, à tout ce qui est élément de l’Univers. Et telle est par suite, à un degré supérieur, la condition humaine. »

Jésus, décrivant ce faisant toute la conception maçonnique, son essence et son objet, déclare :

« Apporte-t-on la lampe pour la mettre sous le boisseau ou sous le lit ? N’est-ce pas pour la mettre sur le chandelier? Car il n’est rien de caché qui ne doive être découvert, rien de secret qui ne doive être mis à jour. Si quelqu’un a des oreilles, qu’il entende ! Ton œil est la lampe de ton corps. Lorsque ton œil est en bon état, tout ton corps est éclairé. Mais lorsque ton œil est en mauvais état, ton corps est dans les ténèbres. Prends donc garde que la lumière qui est en toi ne soit ténèbres. Si quelqu’un marche pendant la nuit, il bronche parce que la lumière n’est pas en lui. Celui qui marche dans les ténèbres ne sait pas où il va. Ouvrez-vous à la lumière afin que vous soyez des enfants de la lumière: la Vie de la parole, celle de l’esprit, est la lumière des hommes. Inversement cette lumière est la lumière de la vie… la lumière que la vie produit à ses propres fins. »

La Franc-Maçonnerie traditionnelle et initiatique nous amène à comprendre ce qui précède, à en éprouver personnellement le bien-fondé et découvrir la grandeur ineffable de l’homme. La gageure est de retrouver la valeur sans pareille de l’individu considéré en soi, indépendamment de la société et de toute mythologie. Pour y parvenir, l’initié doit percevoir l’importance capitale de la liberté dans le phénomène d’éclosion, puis de développement de l’esprit… liberté dans le domaine de la conscience, des croyances et de la pensée.

L’homme vit, évolue, grandit et voit le champ d’application de sa maîtrise s’étendre jour après jour en vertu de dispositions et de besoins intérieurs indépendants de sa volonté ! Ce phénomène est entièrement autonome : le Volume de la Loi Sacrée l’assimile au processus de développement de la plante. « Comme la semence qui a été jetée en terre, l’esprit, qui dispose de la vérité (son aliment), germe et croît nuit et jour, que cet homme dorme ou qu’il veille, sans qu’il sache comment, jusqu’au jour de son autonomie, le jour de la moisson, celui de la récolte. En ce jour-là, l’homme se révèle semblable à un maître de maison qui tire de son trésor des choses nouvelles (créations mentales, découvertes) et des choses anciennes (souvenirs). »

Tous Frères, exclusivement Frères… et seulement Frères, tel est le mot d’ordre du Franc-Maçon car l’intérieur de l’homme appartient exclusivement au Grand Architecte de l’Univers: il est son Temple. C’est là que le Maçon rencontre le Grand Architecte, lit ses plans, en reçoit les directives, accède à l’Art Royal et mûrit son action.

Si tout Franc-Maçon est tenu est tenu de passer successivement par les stades de développement de l’Apprenti, du Compagnon puis du Maître, cette plus-value de sa personne se mesure relativement à son propre passé… non-par rapport à autrui. De même, c’est sur sa personne et au sujet de son Art qu’il exerce sa Maîtrise… non sur autrui pour le conduire ou l’endoctriner. Contrairement à la pratique religieuse traditionnelle et à l’enseignement scolaire, l’enseignement maçonnique ne se transmet pas: il s’acquiert de manière personnelle et autonome par le jeu de la libre réflexion alimentée aux sources vives de l’esprit. C’est ce dernier, c’est l’esprit qui enseigne le Maçon et qui « rassemble » les Maçons. Il exclut aussi bien le fanatisme que le prosélytisme : la Franc-Maçonnerie ne peut s’enrichir de nouveaux Frères qu’en accueillant ceux que leur soif de lumière authentique conduit à elle. « Nul ne peut venir à moi si le Père qui m’a envoyé ne l’attire. »

Nécessaire aux élaborations de l’esprit, proprement indispensable à la vie de ce dernier, la liberté que la Franc-Maçonnerie cultive s’oppose ainsi à tout enseignement d’autorité, à tout credo. Elle appelle au contraire à la tolérance et, dans un monde encore en proie à l’intolérance, à la discrétion. Elle entend aussi bien écarter ce qui divise les hommes qu’éloigner ce qui les violente, les stérilise dans leurs élaborations intérieures.

Comment la Franc-Maçonnerie procède-t-elle pour unir les hommes malgré leurs divergences et sans nuire à la créativité individuelle?… Elle les considère tout simplement comme autant de bûches brulant du même feu et s’enflammant mutuellement. Elle les introduit dans une perspective nouvelle où les divergences s’avèrent fécondes…comme dans la collaboration entre hommes de sciences travaillant à une même recherche. Elle les réunit en tant que Maçons consacrés à s’instruire pour un exercice toujours plus parfait de leur art. Elle les amène à confronter sans passion, sereinement, objectivement leurs points de vue pour leur enrichissement mutuel. Elle conçoit la fraternité humaine universelle au-delà du jeu et de l’emprise des passions, sur le strict plan de l’esprit. Contrairement aux idées reçues, le nombre réduit l’individu à la passivité, se substitue toujours aux activités créatrices individuelles que la Franc-Maçonnerie regarde comme l’expression même de la Vie.

Ces constatations nous invitent à réaffirmer que l’individu est le réceptacle de la lumière, de la « lumière de la vie ».

On n’insistera jamais assez, face à la monstruosité du collectivisme intellectuel (la pensée unique) et étatique, sur le fait que le phénomène de la vie de l’esprit est un phénomène strictement individuel. Authentique « mesure de toutes choses », il fait apparaître toute contrainte à l’égard de l’homme comme un non-sens absolu, dès lors qu’un cerveau n’a jamais produit une idée sur commande. Le phénomène de la synthèse mentale, en sa qualité d’œuvre autonome de la vie, échappe totalement à notre emprise. Face à la créativité de la vie, l’homme sera toujours serviteur, jamais maître. « Ce n’est pas en tirant sur les feuilles de salade qu’on les fait pousser. »: cette constatation de Gustave THIBON s’applique à tous les niveaux de la manifestation de la vie. La Vie est notre source, « le seul vrai Dieu » (Jésus). Elle est pouvoir de synthèse, « royauté », à tous ses niveaux, dans le microcosme aussi bien que dans le macrocosme, en physique comme en biologie et comme dans le phénomène de la pensée devenue conscience d’elle-même.

« C’est par les individus que les transitions sont accomplies, non-par la masse car le même hasard n’a pu frapper de la même façon tous les membres d’une espèce. Par conséquent, toute doctrine, toute attitude, toute gouvernance qui tend à restreindre le libre développement intellectuel, moral ou spirituel de l’individu, qui cherche à influencer le libre arbitre dans l’intérêt d’un groupe, quelle que soit son importance, s’oppose au cours de l’Evolution et est anti naturelle. » (L’avenir de l’Esprit – Pierre LECOMTE du NOÜY – 1940)

La Franc-Maçonnerie prépare, soutient, enjoint l’individu à rester le seul régénérateur, le vivificateur de la collectivité… le « sel de la terre » et « la lumière du monde ».

Pour ce faire, je vous engage à respecter vos engagements maçonniques, à être assidus en Loge et à vos réunions de perfectionnement, à appliquer la générosité dans l’humilité absolue, à tailler votre pierre à chaque moment de votre vie et à illuminer votre famille ainsi que votre entourage socio-professionnel. Je vous engage aussi à découvrir et à ramener sur le chantier tous ceux qui pourront y travailler et partager notre idéal.

La lumière de l’esprit a toujours triomphé et triomphera toujours de l’obscurantisme religieux, marchand ou étatique.

Je fais le vœu que la santé, la paix, le bonheur et la prospérité illuminent votre vie pour la nouvelle année.

Je vous assure de mon affection fraternelle.

Jean-Charles FOELLNER

Grand Maître